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Des chardons géants pour fabriquer des bioplastiques
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Des chardons géants pour fabriquer des bioplastiques

La plante cultivée sur de mauvaises terres en Sardaigne ne prend pas la place de cultures vivrières et remplace le pétrole.

À quelques jours près, les champs se seraient teintés d´une belle couleur violette. Des hectares de chardons en fleur. Pas de ceux que l´on ignore le long des chemins faute de leur trouver une quelconque utilité, même esthétique, mais leurs grands frères.

À Porto Torres, au nord-ouest de la Sardaigne, Paolo Sgorbati agronome chez Novamont veille avec passion en cette fin du mois de mai sur ses géants de deux ou trois mètres. Dans ce petit coin plutôt déshérité de l´Italie, l´entreprise de bioplastiques a fait un sacré pari: celui de construire sur l´immense site d´une ancienne raffinerie de pétrole abandonnée à la rouille, une bioraffinerie du nom de Matrica pour transformer en produits chimiques des matières premières agricoles et des déchets végétaux.

Et la matière première destinée dans une première étape à extraire de l´huile, c´est le chardon. Le premiers ont été plantés il y a quatre ans maintenant. Il y en a 400 hectares aujourd´hui récoltés chaque été, répartis sur 50 farmes.

Le projet est original à plus d´un titre. C´est d´abord la toute première fois que cette plante est utilisée de la sorte. « Elle offre de grands avantages », rappelle Catia Bastioli, la présidente de Novamont à l´origine du projet et de la recherche en amont qui l´a rendu possible. Le plus important est sans doute que le chardon pousse sur des terres arides, impropes pour les cultures vivrières. Cela évite les problèmes de compétition et peut apporter des revenus complémentaires aux fermiers.

De plus, elle ne nécessite pas d´être arrosée, il lui faut très peu d´intrants et elle ne doit être replantée que tous les cinq ou six ans. Mais l´exploitation de la plante ne s´arrête pas à la seule graine. Une fois celle-ci pressée, ce qui reste est récupéré et transformé en complément alimentaire pour les brebis laitières dont l´élevage est une activité essentielle sur l´île. « Aujourd´hui, les fermiers sont obligés d´importer du soja », poursuit la responsable de l´entreprise. Enfin, la plante une fois coupée sert de biomasse pour fournir de l´énergie. De l´économie circulaire, un maître mot pour Catia Bastioli.

Bien sûr tout n´est pas parfait. Aujourd´hul, la production de biomasse est de 10 à 16 tonnes à l´hectare, celle des graines est de 0,8 à 1,6 tonne. Et chaque graine fournit 24 % à 28 % d´huile. Un rendement inférieur à celui d´autres plantes. « Notre objectif est d´arriver in un rendement de 40 votre 60 % », insiste toutefois Paolo Sgorbati. « Reste que le chardon est beaucoup moins cher que le tournesol qui, par ailleurs, use des terres arables et nécessite de grande quantité d´eau », rappelle Paolo Sgorbati.

En outre, l´apport protéinique n´en est qu´a un stade expérimental chez un éleveur. L´idée est que le lait fourni par les brebis soit de qualité au moins équi valente à celui produit par des bêtes nourries avec des tourteaux de soja.

L´objectif de l´entreprise qui a conçu un joint-venture i 50-50 avec le pétrolier ENI-Versalis pour monter ce projet est de rapidement agrandir les surfaces cultivées. « On vise 1.000 hectares dia fin de l´année et 4.000 hectares l´an prochain. ce qui nous permettra d´armer l´autonomie énergétique d´une centrale thermique pour la bioraffinerie », précise Paulo Sgorbati. À plus long terme, les ambitions sont beaucoup plus importantes : 20.000 voire 30.000 hectares de chardons seront nécessaires pour faire tourner l´ensemble « afin de produire 80.000 tonnes d´additifs », explique Luigi Capurci, le directeur de recherche du site, qui serviront aussi bien à faire du plastique, des lubrifiants écologiques notamment pour les outils agricoles. des produits cosmétiques ou encore des pneus.

Peut-on imaginer que de telles superficies n´empiéteront toujours pas sur les terrains agricoles ? « Ces dernières années, 70.000 hectares auparavant cultivé en blé dur ont été abandonnés, les rendements n´étant plus suffisants », répond le scientifique. Les chardons vont donc pouvoir s´y installer. Mais pas question pour Catia Bastioli de récupérer ces terres pour faire pousser par exemple du mais ou tout autre plante nécessitant de l´arrosage et ce malgré des subventions possibles afin de faire des biocarburants. « Un non sens dans une région conne la Sardaigne, qui manque cruellement d´eau », commente-t-elle.

Sa philosophie, Catia Bastioli se l´est forgée tout au long de sa carrière avec un principe : que chimie rime autant que faire se peut avec écologie. Sur le site de Matrica, des éoliennes et des panneaux solaires sont d´ailleurs déjà en place.

Pour cette scientifique qui est entrée comme chercheuse dans un laboratoire industriel dans les années 1980, la recherche et développement reste la clé de l´entreprise. Elle prend son autonomie en 1996, fonde son propre laboratoire de recherche auquel elle adjoindra petit à petit des entreprises de fabrication, mais avec toujours une idée en tête : recruter autant que faire se peut, « les jeunes chercheurs les plus pointus amis leur domaine ».

Novamont compte aujourd´hui quelque 250 salariés, le double si on ajoute ceux des coentreprises. « Notre objectif c´est d´essuyer de concentrer nos recherches sur des technologies et des savoir-faire qui permettent de transformer des problèmes en succès », martèle-t-elle. Le chardon en est le plus parfait exemple qui pourrait bien inspirer d´autres territoires arides du pourtour méditerranéen.

(Mariele Court)

Press review | Le Figaro | Sat, 27 June 2015


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